À propos

janvier 18th, 2009

Je m’appelle Mordekhaï Schwiters, j’ai 54 ans et je vis à Paris. Je suis écrivain public ce qui veut dire que j’écris pour les autres. Pour les analphabètes, les étrangers, ceux qui ne parlent qu’un français approximatif, je cherche et trouve les mots qui leur manquent. Des lettres d’amour, ou de rupture, de rébarbatifs courriers pour les services de la trésorerie, des lettres d’insultes (qu’est-ce que ça m’amuse ça !) entre autres réclamations ou lettre au Maire.

Toute la journée, je vis la vie d’un autre, je me mets dans son crâne, je m’insère dans les pores de sa peau, je renifle ses chaussures jusqu’à ce qu’elles soient les miennes ; son nez devient le mien, je m’équipe de son corps, je m’insinue dans son intimité.

Je vois chaque jour des misérables, des presque rien, des abandonnés de la vie, comme ce pauvre nouach’ immigré qui sait à peine dire bonjour et sent la graille asiat’. Il sent mauvais, sa vie n’est cadencée que par un quotidien terne et sans lointain. Des dents lui manquent, il éclate parfois d’un rire malin en m’exhibant son palais dévasté par la clope. Je lui écris des menus ou des textes pour petites pancartes qu’il met dans son boui-boui pour informer les clients que « les chèques ne sont acceptés qu’au-dessus de 10 Euros ».

Je compte quelques fidèles, comme ce jeune homme amoureux qui ne sait dire à celle qui l’obsède combien elle est à la fois le corps et l’esprit qu’il lui faut.

Mais ce qui m’intéresse ici c’est l’Internet. C’est est complètement dans nos vies, on y va vers ce monde hyper-supra-hi-tech, ça network dans tous les sens, tout le monde (humpf) peut s’exprimer sur le Web, et vas-y que je te blogue en wifi, que j’te ftp le serveur et que j’t’html mes neurones en ligne. Beaucoup de choses fascinantes dans tout ça, le relationnel en prend un coup, ça nous modifie les gènes, c’est sûr.

Le futur, c’est aujourd’hui qu’on le fait et dans la hi-tech, on le fait vite le futur, quitte à oublier la politique, l’éthique, la réflexion, les valeurs… Alors, il faut regarder ce nouvel être informationnel qui se crée sans cesse à toute heure et le commenter, l’interpréter, le tordre et l’infléchir pour qu’il ressemble à quelque chose d’humain…

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