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L’invention du vide

août 8th, 2005

Dans la cabale juive, le Tsim-Tsoum est le moment où l’Univers passe du plein absolu à l’état dans lequel nous le connaissons aujourd’hui. Auparavant totalement rempli de lumière en tout point (Or Ein Sof – à?ור à?ין סוף), l’Univers devient, par un acte de contraction sur lui-même de l’essence divine, un lieu où les mondes viennent au Monde.

Le Monde passe dans un état où le vide existe: tout n’y est pas vide mais il en comporte désormais. Soudainement, ici et là , des trous et des crevasses. Des excavations, des gouffres, des anfractuosités mais aussi des creux et des cavités, des alvéoles et des niches.

L’invention du vide arrive donc par un acte on ne peut plus paradoxal. Pourquoi ? Car c’est l’Être Total, Absolu et Infini qui fait exister quelque chose qui signifie et représente Son contraire, le Rien : « Je me retire de l’Univers, j’y crée une absence qui signifie (et témoigne) de ma présence !». Dieu se retire, et son acte est tellement plein de sens que le Monde en est marqué, d’une trace signifiant cet acte.

En tant qu’événement fondateur du vide, le Tsim-Tsoum représente aussi la mise à disposition par Dieu de l’idée qu’« il peut ne pas y avoir». L’idée de l’incomplétude, de l’imperfection, de la vacuité et du manque naissent. Le Monde comporte des endroits où, en le regardant, on ne peut que penser « il n’y a pas ». Pour les humains, c’est l’invention de la tentation et de l’envie, de la sexualité, du désir et de la pulsion, de l’aspiration et de l’espérance.

Nous sommes tous porteurs de ce vide. Nous en sommes les véhicules. Porteurs d’un manque profond qui nous anime, c’est-à -dire, comme nous l’enseigne le latin, de quelque chose qui nous donne une âme. L’anima latine se traduit aussi par air, souffle, vent ou exhalaison. Cette carence qui est en nous se fait le principe vital de notre être. On pourrait presque dire « je respire car il me manque quelque chose, et je le cherche jusque dans l’air. Tant ma psychologie que ma physiologie sont définitivement marquées par ce manque, cette défaillance qui me vient du Tsim-Tsoum et qui fait que je vis ».

Ce manque, nous le ressentons tous. D’espérer un monde régit par des principes physiques ou moraux différent. D’avoir perdu quelqu’un ou de ne pas l’avoir connu. De ne pas être ce que l’on aimerait être. Quelle que soit l’histoire, c’est la même idée qui est portée et exprimée, celle du transport par l’individu d’une vacuité.

C’est ce manque installé en chacun de nous qui marque l’histoire d’Hagoël et Alina. Ils font tous deux partie de ces gens à l’identité multiple façonnée par une enfance passée sans véritable attache territoriale. Dix années ici, puis cinq là et sept autres ailleurs, dans d’autres cultures et face à d’autres langages, leur tête est un passeport aux multiples oblitérations ; ce déracinement, dont ils n’ont pris conscience que beaucoup plus tard, leur a donné des ailes: ils touchent le sol mais leurs idées tutoient les nuages, ils sont des aériens qui marchent!

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  1. Monik
    avril 11th, 2006 at 09:48 | #1

    beau texte, très Zen non?

  2. avril 15th, 2006 at 17:57 | #2

    IL est comme s’IL n’avait créé que des métaphores
    IL est comme s’IL n’était que par façon de parler …
    IL est l’Évidence de Lui-Même
    IL se déplace tout en restant sur place…
    Vide et Plénitude IL est !

  3. avril 15th, 2006 at 18:25 | #3

    Zen bouddhiste? peut-être… Talmudique? peut-être aussi…

  4. avril 15th, 2006 at 18:31 | #4

    et c’est bien ce qu’IL dit à Moïse : “je suis celui qui suis”…

    Sur le Tsim-Tsoum, génial texte de Georges Hansel:
    http://ghansel.free.fr/ashlag6.html

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