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Corpo-réalités

juillet 6th, 2006

Encore des corps incorporés,
des corps dans le décor,
in corpore, un autre corps.

Coordonner ce corps donné,
ce corps poreux, d’ordres donnés,
J’adore ! J’adore !

Ce corps peureux je perce
de part en part la peau de celle
Qui sonne le cor d’encore.

Encordé à “encore des ah!”
Je désaccorde le son de sa
Corpo-réalité.

Écriture , ,

Joyce, c’est de l’hébreu

avril 21st, 2006

Arte-Radio est sous licence creative commons alors j’en profite avec cette sublime lecture, à écouter et réécouter…

“Le monologue de Molly Bloom, qui clôt les 900 pages de ‘Ulysse’ de James Joyce, est l’un des plus beaux textes de la littérature. C’est aussi, très crûment, le flot des pensées d’une femme qui se masturbe. Voici les dernières pages du livre ‘Ulysse’ en français, avec des bribes en anglais, allemand, italien, hébreu… Thema James Joyce sur ARTE vendredi 18 juin à 22h15. ”

Réalisation & mix : Christophe Rault

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Elle

avril 15th, 2006

Mon voyage avait débuté dans des environnements sauvages, de steppes, monts et vallées qui ne laissaient pas tomber le regard en deçà de grandes distances. Il se prolongeait maintenant dans cette ville où l’espace était comblé d’immeubles m’empêchant d’accommoder à plus de vingt mètres. Les regards que je lançais ici et là étaient stoppés par des murs ; quand enfin je pouvais regarder un peu plus loin, je me sentais dirigé, orienté. Et si je voulais regarder dans une autre direction ? Pas possible, là un immeuble, ici un centre commercial, là -bas un pont qui tranchait l’espace.
Les arbres qui bordaient les rues étaient autant d’aveux d’urbanistes : un saupoudrage de nature pour camoufler l’extrême abondance d’artificiel, de froideur et d’indifférence qu’offre une ville.

Pourtant, je me fis à cette ville. Je ne m’y sentais plus comme un étranger. Comme lorsqu’un corps, chaud, nu et endormi, rencontre sans s’y attendre le froid d’une main venue le surprendre dans son sommeil : le contact d’abord hostile devient ensuite plus tolérable, pour finir doux et agréable, apprivoisé que l’on est devenu…
Chaque jour, j’acceptai cet endroit un peu plus, non sans difficultés ; d’homéopathiques doses de morphine mentale distillées dans mon corps qui me faisaient oublier mon arrachement au désert. Comme l’animal du zoo résigné par le principe de réalité que lui impose sa cage ; les barreaux sont là , quoi qu’il veuille, rage, fureur et hargne n’y pouvant rien.

Dans le foisonnement d’événements que propose la ville, notre existence est plus que jamais millimétrique et l’inattendu, lui, vous attend. Penser en ville, c’est d’abord trier du mieux qu’on peut. Et comme je vivais à l’époque tout ceci comme une petite mort, je faillis ne pas la remarquer, elle.

Le banal d’une piscine municipale oint d’un brouhaha qui s’était fait oublier, fut le lieu où nos regards s’envahirent et où nos corps se proposèrent l’un à l’autre, dans le secret d’un vestiaire où le silence que nous devions respecter dopait nos désirs.

À chacune de nos rencontres, nos corps se donnaient jusqu’à épuisement, puis nous nous séparions, ne laissant finalement derrière nous que peu de paroles échangées.

Quand ce matin-là , car cette fois elle était restée toute la nuit, elle se leva, extrêmement nue, je me levais et la dessinais du mieux que je pouvais. Je voulais surtout fixer sur ce bout de papier l’érotisme qu’elle dégageait et c’est à coup d’encre et de café que je déflorais le papier blanc à la recherche d’une forme qui m’exciterait autant que celle que j’envisageais de regards brefs mais précis. Peu m’importait d’apporter une ressemblance visible; il fallait qu’on puisse la reconnaître à ce qui la caractérisait le plus : son désir pour moi…

Écriture , ,