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Assimilation et confusion

mai 15th, 2006

Pourquoi Babel s’appelle Babel?

L’explication se trouverait dans la Génèse et dans la structure de la langue hébraïque. Il y est en effet dit que la ville de Babel porte ce nom car ce fut là que “Dieu mélangea (בלל , prononcez balal) les langues” [de l’humanité]. La racine de ce verbe est, comme très souvent en hébreu, composée de trois lettres, bet-lamed-lamed, בלל. Cette racine-là véhicule donc un sens bien précis, celui de la confusion. J’accepte volontiers cette explication mais la questionne: la racine de Babel (à prononcer bavel en hébreu) semble être bet-bet-lamed,בבל, alors que nous venons de voir que la racine des mots liés à la confusion est bet-lamed-lamed, בלל.. Si un rabbin -blogueur ou pas- connaît la réponse à cette question, je suis preneur d’un… commentaire bien sûr.

Je poursuis toutefois mon propos et reviens à la racine de la confusion בלל qui donne le mot התבוללות (prononcez hitBoLeLout, en majuscule voyez & entendez la racine bet-lamed-lamed) qui veut dire “assimilation”. Autres mots ayant la même racine: en hébreu moderne, un מתבולל (mitBoLeL) désigne un “assimilé” et התבלבלתי (hitbalbalti) peut se traduire par “j’ai confondu”, “je me suis trompé”. En hébreu, il y a donc un lien entre l’assimilation et la confusion et c’est ce qui m’intéresse ici.

Retour dans le présent: intégration, repli communautaire, vivre ensemble, assimilation…tous ces mots et expressions vous sonnent probablement familiers, nul besoin d’expliquer pourquoi.

Alors, s’assimiler serait faire une erreur? Car ça serait se fondre dans le décor, s’effacer, se confondre avec les autres (au point de prendre l’autre pour soi), se diluer, se perdre dans le brouhaha du nombre? Ce qui reviendrait donc à …parler -complètement- la même langue que les autres? C’est ce que semble dire l’hébreu.

Que faire alors de sa culture, de sa différence, dans une société? Quand le modèle Américain valorise cette différence (ou, disons, ne cherche pas à l’effacer), ne trouvez-vous pas que la laïcité Française demande à ce que l’individu s’oublie (!) dans sa publicité? On devrait quand même pouvoir éviter de se formater le bulbe rachidien pour vivre ensemble en bonne intelligence, non?

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L’invention du vide

août 8th, 2005

Dans la cabale juive, le Tsim-Tsoum est le moment où l’Univers passe du plein absolu à l’état dans lequel nous le connaissons aujourd’hui. Auparavant totalement rempli de lumière en tout point (Or Ein Sof – à?ור à?ין סוף), l’Univers devient, par un acte de contraction sur lui-même de l’essence divine, un lieu où les mondes viennent au Monde.

Le Monde passe dans un état où le vide existe: tout n’y est pas vide mais il en comporte désormais. Soudainement, ici et là , des trous et des crevasses. Des excavations, des gouffres, des anfractuosités mais aussi des creux et des cavités, des alvéoles et des niches.

L’invention du vide arrive donc par un acte on ne peut plus paradoxal. Pourquoi ? Car c’est l’Être Total, Absolu et Infini qui fait exister quelque chose qui signifie et représente Son contraire, le Rien : « Je me retire de l’Univers, j’y crée une absence qui signifie (et témoigne) de ma présence !». Dieu se retire, et son acte est tellement plein de sens que le Monde en est marqué, d’une trace signifiant cet acte.

En tant qu’événement fondateur du vide, le Tsim-Tsoum représente aussi la mise à disposition par Dieu de l’idée qu’« il peut ne pas y avoir». L’idée de l’incomplétude, de l’imperfection, de la vacuité et du manque naissent. Le Monde comporte des endroits où, en le regardant, on ne peut que penser « il n’y a pas ». Pour les humains, c’est l’invention de la tentation et de l’envie, de la sexualité, du désir et de la pulsion, de l’aspiration et de l’espérance.

Nous sommes tous porteurs de ce vide. Nous en sommes les véhicules. Porteurs d’un manque profond qui nous anime, c’est-à -dire, comme nous l’enseigne le latin, de quelque chose qui nous donne une âme. L’anima latine se traduit aussi par air, souffle, vent ou exhalaison. Cette carence qui est en nous se fait le principe vital de notre être. On pourrait presque dire « je respire car il me manque quelque chose, et je le cherche jusque dans l’air. Tant ma psychologie que ma physiologie sont définitivement marquées par ce manque, cette défaillance qui me vient du Tsim-Tsoum et qui fait que je vis ».

Ce manque, nous le ressentons tous. D’espérer un monde régit par des principes physiques ou moraux différent. D’avoir perdu quelqu’un ou de ne pas l’avoir connu. De ne pas être ce que l’on aimerait être. Quelle que soit l’histoire, c’est la même idée qui est portée et exprimée, celle du transport par l’individu d’une vacuité.

C’est ce manque installé en chacun de nous qui marque l’histoire d’Hagoël et Alina. Ils font tous deux partie de ces gens à l’identité multiple façonnée par une enfance passée sans véritable attache territoriale. Dix années ici, puis cinq là et sept autres ailleurs, dans d’autres cultures et face à d’autres langages, leur tête est un passeport aux multiples oblitérations ; ce déracinement, dont ils n’ont pris conscience que beaucoup plus tard, leur a donné des ailes: ils touchent le sol mais leurs idées tutoient les nuages, ils sont des aériens qui marchent!

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